Succès et joies, échecs et désillusions…

Publié le par Pauline du Chayla

Pour vous faciliter la lecture, je vous conseille de relire avant l’article « Mon travail » !! Petit rappel pour les paresseux :

Pani Ania est la prof d’anglais avec laquelle nous travaillons dans l’école pour adolescents, Pani Janina est la prof d’arts plastiques avec laquelle nous sommes dans l’école pour les plus jeunes, Emilia est mon élève en cours particulier, elle a 16 ans.

 Je suis assise autour de cette table ronde, avec les plus jeunes enfants, il faut que je fasse quelque chose pour les aider, c’est mon travail ! A ma droite, Marta, une petite fille aveugle et handicapée est en train de peindre une boule de papier journal en rouge, pour en faire une pomme. Elle s’applique beaucoup, et y arrive très bien. A ma gauche, Shannon tente de recoller sa boule de papier journal, qui part un peu en miettes ! J’essaye de l’aider à rajouter de la colle et du journal mais j’ai l’impression que mon aide ne fait qu’empirer les choses… De temps en temps, je suis tentée de travailler à leur place, de dessiner, de coller pour que cela soit plus parfait, mais ce n’est pas ce que la prof attend de moi. Comment trouver le juste milieu entre faire ces travaux à leur place, et les laisser entièrement se débrouiller tous seuls, au risque d’avoir un résultat qui pourrait être tellement mieux avec un peu d’aide ! De temps en temps, les regarder travailler me suffit, cela me fascine toujours autant !

 Conversation avec Pani Ania sur l’avenir des enfants de l’école, particulièrement ceux qui passent leur matura, équivalent du baccalauréat cette année… Quelle chance ont-ils de pouvoir s’en sortir, de ne pas terminer dans la rue parce qu’ils n’auront pas de boulot ? Ceux qui suivent la filière professionnelle apprennent à faire des massages, ils ont donc la possibilité d’exercer tous ces métiers manuels, mais pour ceux qui veulent aller à l’université poursuivre leurs études ? Les infrastructures pour les aveugles sont quasi inexistantes, il n’y a absolument aucun livre en braille en anglais par exemple, il faut se battre pour obtenir qu’à l’examen de matura, les aveugles n’aient pas à décrire une image comme les autres, (il faut payer un examinateur en plus, cela demande plus d’efforts…), les professeurs embauchés dans ces écoles spécialisés n’ont aucune formation pour travailler avec ce public très particulier, bref il y a de quoi être pessimiste de temps en temps, le tableau est assez noir…La société, le système et l’administration leur laisseront-ils la chance de réaliser leurs rêves ? Et comment continuer à enseigner dans ces conditions si difficiles ? Simplement parce qu’on y croit, et parce que ces jeunes sont si attachants…

 Une classe de collège entre dans la salle d’arts plastiques, ils sont beaucoup trop, presque 15 et ils doivent avoir entre 13 et 15 ans, l’âge le pire… Ils parlent trop, n’écoutent jamais, se moquent les uns des autres. Autant de temps en temps il est touchant de les voir s’entraider lorsqu’ils se déplacent deux par deux dans les couloirs, autant parfois ils redeviennent comme tous les enfants ou adolescents, de vrais démons, cruels les uns avec les autres. Pani Janina essaye de les intéresser un peu à quelque chose, elle leur parle aujourd’hui de l’impressionnisme, mais il est difficile de susciter de l’intérêt chez eux ! Dans ce métier, on est souvent tentés de tout abandonner, de partir en claquant la porte, mais non, il faut s’accrocher !

 Moments magiques de complicité et de compréhension mutuelle, malgré toutes les barrières, celles de la vue, celles de la langue, celles de la nationalité… Comment expliquer à Emilia les mots français « devant, derrière, à droite, à gauche » ? Simplement avec un crayon et une bouteille d’eau, je lui fais sentir où se situe le stylo par rapport au portable et à la bouteille et elle doit me dire les mots. Alors elle se concentre et se souvient de tout ce qu’elle a appris la semaine dernière !

 Au début de l’année, quand ces ados apprennent qu’ils auront le droit d’avoir un cours particulier de langue, ils sont tellement contents qu’ils crient de joie ! Dur de trouver des élèves plus motivés !

 Voir ce si beau sourire de fierté sur un visage éteint, parce que l’enfant a réussi, après avoir travaillé dur pendant une heure, à réaliser un dessin ou un collage, à modeler un serpent avec de la pâte à modeler, ou à faire un oiseau avec des feuilles d’automne collées sur du papier…

 Entendre ce « Merci » à la fin de l’heure parce qu’ils sont contents qu’on les ai aidé et qu’on leur ai consacré du temps, même si l’on a seulement échangé un ou deux mots avec eux ! Entendre aussi cette question toute simple : « Comment se fait-il que Pauline parle anglais, si elle est française ? Pourquoi elle ne parle pas français ? »

 Difficile de constater que pour eux, faire une phrase toute simple en anglais est si compliqué, il faut attendre tant de temps avant de les entendre articuler péniblement quelques mots… Et puis on se rend compte tout d’un coup qu’ils ne connaissent même pas la différence entre « lire » et « écrire » en anglais !

 Mes échecs naissent sans doute de ces situations si difficiles, on ne sait jamais exactement dans quelle mesure notre travail va porter des fruits ou non. Mais peut-on vraiment parler de succès ? En tous cas, ce ne sont pas mes succès, ce n’est que la conséquence du travail des éducateurs, et de la volonté de fer de ces enfants et adolescents qui veulent à tout prix s’en sortir…. Le seul succès dont ont peut parler est le résultat de ce combat qu’ils mènent déjà et qu’ils vont devoir mener tous les jours de leur vie pour être reconnus tout simplement pour ce qu’ils sont, des enfants et des adolescents comme les autres, avec les mêmes désirs et les mêmes joies, les mêmes angoisses et les mêmes goûts! Bien sûr, si l’on élargit la réflexion, toutes les victimes de discriminations, quelles qu’elles soient, se trouvent plus ou moins dans la même situation, simplement à cause d’une petite différence…

Publié dans Mon projet...

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Fleur 21/11/2005 13:49

Merci Pauline pour ce super blog!!
A très bientot pour que tu nous racontes tes aventures en direct!
bisous! fleur

la mamma 21/11/2005 09:25

bravo pour ton témoignage émouvant ; tu exprimes très bien ce à quoi tu es confrontée ...courage et patience , foi et détermination et surtout espèrance pour te soutenir ; tu donnes pour l'instant sans t'apercevoir tout ce que tu reçois; c'est sans doute quand tu seras revenue que tu pourras compter sur tous ces trésors enfouis pour l'instant.
bisoux et à très bientôt maintenant