Mon travail

Publié le par Pauline du Chayla

Working with blind people, as an everyday fight for a “normal life”.

Travailler avec des enfants et adolescents aveugles s’avère être un combat quotidien pour une vie plus « normale ».

Chapitre 1 : mes activités.

        Bon je ne vais pas commencer à vous faire la traduction de tous mes articles en anglais, remarque ça serait un très bon entraînement pour moi mais je pense que je pratique suffisamment l’anglais au quotidien en ce moment, inutile de me rajouter des heures sup ! Mais c’est vrai qu’à force de parler anglais toute la journée, je finis par penser en anglais, et non pas encore en polonais mais ça viendra ! Bref, je vais essayer de vous résumer en quoi consister mon travail quotidien ici à Wroclaw. Je vais d’abord vous décrire les faits, avec des détails sur mes activités. Ensuite j’essayerai brièvement de vous parler de mes sensations et de mes impressions lors de ce travail….

         Tout d’abord je travaille toujours avec Julia, l’allemande de 19 ans qui vit avec moi, et nous travaillons dans deux centres différents. Les lundis, jeudis et vendredis je travaille à Kaschkanowa (ce qui signifie châtaigne en polonais), à environ une heure en tram de là où j’habite, et les mardis et mercredis je travaille à Kamienogurska, à environ une heure trente en tram de mon appart. Le premier centre est l’équivalent du lycée, il y a environ 90 élèves de 15 à 20 ans, les 2/3 vivent sur place, en pension et environ 20 parmi eux sont totalement aveugles. Les autres ne voient que très peu, ou perdent leur vue ou bien ont des problèmes de vision plus légers. Ils ont des cours normaux, d’histoire, physique, polonais, anglais mais aussi des cours de massage, ainsi que des modules plus professionnels afin qu’ils puissent exercer un métier directement en sortant de l’école. Dans cette école, j’assiste essentiellement le prof d’anglais, Ania, dans la plupart de ses classes. Elle est le seul professeur d’anglais, et elle voit donc défiler presque tous les élèves de l’école entre le lundi matin et le vendredi en début d’après-midi ! Pour l’instant, j’assiste à bon nombre de ses classes en observant seulement, ou bien en aidant les élèves lorsque l’on travaille par groupes. Je dois aussi taper des pages entières de leurs livres d’anglais parce qu’il n’existe aucun livre d’anglais en braille, il faut donc taper les différentes leçons et les imprimer en braille pour les quelques élèves qui sont complètement aveugles. En outre, je vais donner une heure par semaine de cours de français particuliers à une jeune aveugle.

       Le deuxième centre est pour les plus jeunes, de la maternelle au collège environ. Les bâtiments sont très grands, très modernes et ils ont aussi des classes différents des autres élèves, plus spécifiques pour eux. Dans cette école, j’aide le professeur d’art, Pani Janina (Pani signifie madame ou mademoiselle, on le met devant le prénom) pendant les deux matinées. Nous avons deux ou trois classes par matinée, pendant lesquelles les enfants apprennent à peindre, à dessiner, à faire de la pâte à modeler, à utiliser des ciseaux, bref à développer leur sens de l’imagination et à éveiller leur côté artistique ! Ils ont normalement entre 6/7 ans et 15 ans, et il y en a environ 1/3 qui sont complètement aveugles. Ce travail est très intéressant parce que les enfants ont souvent besoin de notre aide pour exécuter des actions très simples et toutes bêtes, et c’est fascinant de les voir réaliser des véritables œuvres d’art, ils sont tellement fiers quand ils ont terminé un travail ! Dans cette école, une prof veut aussi des cours particuliers de français, on verra si j’aurai le temps de lui donner !

     En plus de ces journées, je vais une fois par semaine animer en anglais un club de jeunes de mon association, ils veulent apprendre l’anglais en faisant des jeux ! Je vous en parlerai plus quand j’aurai vraiment commencé ! J’ai aussi deux heures de cours de polonais, avec la prof d’anglais de la première école, Ania. En outre, nous devons normalement avoir des cours de braille et des cours d’orientation dans l’espace, afin de pouvoir aider les aveugles à se déplacer plus facilement dans l’espace.

Chapitre 2 : mes impressions.

      Vous avez lu dans le chapitre précédent mes différentes activités, et je crois que j’ai beaucoup de chance parce que mon projet est vraiment intéressant par rapport à d’autres. En effet, les méthodes utilisées pour enseigner à un public constitué en majorité de malvoyants et d’aveugles sont très différentes des méthodes habituelles. Si l’on réfléchit quelques minutes, on s’en rendra très vite compte. Comment des aveugles peuvent-ils décrire une image en anglais, souligner les mots importants ? Comment peuvent-ils colorier une forme, découper un papier, ou simplement recopier sur leur cahier un mot écrit au tableau ? Pendant les cours, il y a donc quelques élèves qui ont une machine à écrire en braille, et qui tapent leurs leçons grâce à ce moyen. D’autres utilisent une sorte de grosse loupe qui permet de voir un livre ou des notes en très gros sur un écran, d’autres encore rapprochent le papier tout près de leurs yeux pour mieux le voir…

        J’ai encore du mal à aller vraiment vers eux, il n’est pas toujours facile de communiquer mais en tous cas ces enfants et adolescents me fascinent réellement. La plupart ont une soif d’apprendre impressionnante, et ils sont souvent très rapides et très intelligents malgré leur handicap. Bien sûr, comme dans toutes les écoles, il y en a parmi eux qui sont paresseux, méchants entre eux ou tout simplement bruyants et fatigants ! Beaucoup aussi profitent de leur situation pour ne pas faire ce qu’on leur dit, ou pour faire semblant de ne pas comprendre… Pour ne citer qu’un exemple, un enfant a eu un drame familial qui l’a beaucoup marqué, et l’équipe de profs s’est rendu compte qu’en fait il faisait semblant d’être aveugle alors qu’il voyait très bien. Un autre exemple, plus positif cette fois : Ania, la prof d’anglais était absente, Julia et moi avons décidé de prendre en charge une classe d’une petite dizaine d’élèves d’environ 16 ans. On leur a parlé en anglais, et on a surtout essayé de les faire parler, de leur demander leur nom, leur âge, ce qu’ils aimaient… (Déjà pour eux c’est un bon début s’ils arrivent à dire tout ça en anglais sans fautes !) La question était « What are your hobbies ? » Chacun a dit une ou deux choses, et lorsque le tour d’Emilia, la seule jeune fille complètement aveugle de la classe est arrivé, elle a commencé à nous dire tout ce qu’elle aimait avec une aisance et une énergie incroyable. Elle aimait danser, chanter, aller au cinéma, apprendre des langues, faire du sport, et on avait l’impression qu’elle ne s’arrêterait jamais !

      Pour conclure, même si je ne peux pas faire de conclusion après une semaine seulement de travail, je voudrais simplement dire que j’aime mon travail parce qu’il est varié et parce que les jeunes m’apportent énormément. Le simple fait de les regarder vivre est déjà une belle leçon sur beaucoup de points de vue. Après cela, on se dit bien souvent que l’on est bien au chaud à l’abri dans nos vies, aussi difficiles soient-elles, et que l’on se plaint pour pas grand-chose, ou bien que l’on ne réalise pas la chance que l’on a d’être en bonne santé et de pouvoir jouir pleinement de toutes nos facultés physiques et intellectuelles. Je pense pouvoir aussi vous parler du peuple polonais un jour, parce qu’ils ont aussi beaucoup souffert pendant très longtemps de la dictature du communisme, et ils savent sûrement, beaucoup mieux que nous, combien il est agréable de pouvoir manger des choses variées, de pouvoir partir en voyage hors de son pays, de pouvoir apprendre d’autres langues que le russe à l’école… Toutes ces choses qui nous paraissent si naturelles et normales à nous, les occidentaux ! C’est une réflexion toute simple, mais que l’on oublie souvent. Le bonheur de retrouver ce qu’on a perdu, de posséder quelque chose dont on a été privé si longtemps, de jouir de liberté après la prison, de revoir ceux que l’on aime après une longue absence, de boire après la traversée du désert, de participer à des élections libres…

 

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moi 13/10/2005 19:39

Bon il paraît que je peux dire la réponse du concours: c'est l'"allumeur de réverbère" (ça existe encore des métiers comme ça?) Bon je remets en jeu le gros lot avec l'accord de l'organisatrice! Voilà ma question: citer:
le nom des colocs de Pauline
+ leurs nationalités!
facillllllllllllllle et Pauline offre un cadeau bis (??!!!) si vous trouvez mon identité ahaha!

ghost 12/10/2005 19:38

moi moi moi je sais je sais pour le conrcours!!!!ahah!

olivier.de.lorgeril 11/10/2005 17:15

Super, ton blog,tu nous passionnes et nous pouvons penser à toi de manière très concrète tout en admirant le magnifique ouvrage que tu fais . BP BM

Le Cercle des PoÚtes disparus 03/10/2005 23:56

"CARPE DIEM", profites du jour présent, Merci Pauline de nous rappeler qu'on a la chance de pouvoir lire, écrire et tout (d'un point de vue de l'éducation et d'un point de vue physique)
Encore bravo pour ce que tu fais et ce que tu nous fais partager.
Vive la suite sur le réveil de la Pologne !

Le pélerin 03/10/2005 23:39

Sympa tes photos ca donne envie de venir te voir !